La semaine dernière, je l'ai passée à Johannesburg, en tête-à-tête avec mon cher boss.
Rapide portrait du personnage pour comprendre pourquoi je ne peux bientôt plus le voir en peinture, et pourquoi j'appréhendais un peu cette promiscuité, qui s'est d'ailleurs finalement plutôt bien
passée grâce notamment, il faut le dire, à un sérieux effort d'adaptation de ma part (de l'autre côté, faut pas trop en demander).
-Alors d'abord il parle très fort, à base d'onomatopées, et le plus souvent tout seul.
-Et bien sûr il écoute très peu ce qu'on lui dit (pas facile pour moi!).
-Il passe son temps à chercher ce qu'il vien de perdre (clefs, portable..), et tout le monde est au courant.
-Ses sujets de conversation sont les femmes et sa voiture (en gros).
-Il peut répéter vingt fois la même chose, juste pour lui-même.
-Quand il aime une chanson, il la passe dix fois de suite sur Youtube (comme les enfants).
-Il dort dans une tente (ça je le savais).
-Il emmène toutes ses affaires à chaque fois qu'il part plus d'un jour.
-Son programme hebdomadaire c'est boulot à fond du mardi au vendredi, boire du rouge et de la tequila tout le week-end, et le lundi est dédié à s'en remettre (pas facile..).
-Il dit "Bro" à la fin de chaque phrase, avec en plus l'accent un peu Afrikaan ça donne "Bruu".
-Il passe son temps à raconter ses aventures amoureuses à tous les gens qu'il croise (On s'en fout!!!!!!!).
Bref, tout ce que j'aime!! Un genre de gros Bof bien bruyant. Et en plus il ronfle....
Mais bon, d'un autre côté son cerveau fonctionne bien quand il le faut, il a plusieurs business, et dans l'ensemble sa philosophie n'est pas trop mauvaise en ce qui concerne l'environnement et la
décroissance, même si c'est parfois difficile pour lui d'appliquer ses propres théories. Beaucoup de paroles et peu d'actions, parce que c'est quand même un gros poseur dans l'ensemble, il faut pas
l'oublier.
Ah oui et ce qui sauve un peu le tout, c'est qu'on partage la passion pour le freezbee. Ca nous permet de nous rapprocher, mais toujours le plus loin possible (c'est le but au freezbee..), donc
c'est nickel!
Bon j'ai balancé un peu beaucoup, mais pour ma défense, comprenez bien que je vis avec cette personne depuis un bon nombre de semaines maintenant.
D'un autre côté je peux pas lui jeter trop de pierres (justes quelques unes), vu qu'il me fait découvrir pas mal de choses et semble m'apprécier (normal, je le caresse dans le sens du poil autant
que mes nerfs le permettent).
D'ailleurs dernière initiation en date, le Yoga.
J'ai assisté à deux cours de Bikram Yoga gratos sur son abonnement, et c'était vraiment pas mal.
Un genre de sweat lodge (il fait 50° dans la salle), sauf qu'on entretien la forme physique en même temps.
En tout cas en sortant on se sent vraiment bien!
Mais revenons à nos moutons.
Je disais donc session JoBurg, et qui dit JoBurg, dit Dojo...
Entre les meetings et les missions logistiques, une journée a été dédiée à l'installation d'un système solaire thermique sur le toit ce qu'on peut appelernune énorme maison de gros bourgeois, dans
ce qu'ils appellent ici un "estate". En l'occurrence, un quartier ultra-protégé, à l'écart de tout, avec son golf, sa piscine municipale, son école primaire et j'en passe. Un véritable ghetto,
habité par des business man et des hommes politiques d'après ce qu'on m'en a dit.
Pour avoir le droit d'entrer en tant qu'entreprise travaillant sur un chantier à l'intérieur de la forteresse, on se présente à ce qui ressemblait étrangement à une frontière, avec une file
"résidents", une file "visiteurs" et une file "livraisons", le tout gardé par une vingtaine de blacks armés jusqu'aux dents. Le conducteur présente son permis de conduire et peut traverser, les
passagers doivent sortir du véhicule, présenter une pièce d'identité, et passer par une barrière spéciale avec caméras et détecteurs d'empreintes digitales. Ils sont fous ces Sud-Africains!!!
Bref le plus marrant dans tout ça c'est qu'au retour, la même démarche doit être suivie, j'imagine pour vérifier que tout le petit monde qui est entré le matin est bien ressorti à la fin de la
journée. Je sort donc de la voiture, me présente à la frontière "piétons" pour toucher de nouveau le détecteur d'empreintes, mais bizarrement, on me dit que c'est pas la peine cette fois-ci. Je
passe donc et remonte dans la voiture. Un peu inutile la procédure, ou alors faut qu'on m'explique...!!!!
Enfin ça parait un peu stupide et démesuré, mais on m'a ensuite bien fait comprendre que cela est simplement le résultat du climat de violence qui existe à Johannesburg, encore classée deuxième
ville la plus dangereuse du monde il n'y a pas si longtemps, derrière Sarajevo!!
Bon moi dans tout ça, ce que je trouve quand même un peu humainement stupide, c'est qu'à l'intérieur de ce château fort, les propriétaires trouvent encore le moyen de construire des clôtures en
barbelé et électrifiées de trois mètres de haut pour se protéger les uns des autres.
Au final, on obtient rien de plus qu'une prison où même les prisonniers ne se côtoient pas, excepté le fait que les cellules y sont très grandes, très luxueuses, ont des piscines, et des beaux
gazons sur lesquels le chien peut paisiblement déposer sa crotte. Quel bonheur!!!
Matt (mon collègue du jour) de chantonner "Little Boxes, on the Hillside...... There's a Blue One, and a Pink One..... And they All look, just the Same....." en arrivant. Bonne référence!!
(N.B : pour tout doute concernant la pertinence de cette expression, merci de contacter Tek en Australie.)
Mais critiques mises à part, ce fut pour moi l'occasion de bosser sur une installation directement sur le toit, et d'apprendre tout un tas de choses utiles de la part des habitués avec qui j'ai
passé la journée.
Bon mon inexpérience m'a quand même fait casser trois tubes sur les soixante requis. Mais c'est comme ça qu'on apprend paraît-il!!
Et surtout, ne pas oublier qu'on fait ici face au Nord, hémisphère Sud oblige...